Parrainé par le groupe de rap BOSS PHOBIE:
Agadir, décembre 2003. L'équipe d' UNI'SONS encadre un atelier hip-hop à l'Institut Français de la ville. Entre les Montpelliérains et les groupes marocains, des liens se tissent. Au fil des soirées dans les salons de l'hôtel, l'idée germe peu à peu comme une évidence. Dans la fumée du narguilé, le projet se dessine : réunir sur un même disque rappeurs marocains et scène hip-hop montpelliéraine, faire rimer l'arabe et le français, rapprocher les deux rives de la Méditerranée...
Car au-delà de Gibraltar, il y a tout un monde. Des groupes de rappeurs qui ne demandent qu'un accompagnement artistique et technique pour faire entendre leur voix. Grâce à Music Social Club, le chemin vers l'autoproduction se déroule sans encombre. Animée par cette volonté d'échange, l'idée se structure autour de plusieurs résidences artistiques. Elles seront menées en parallèle d'avril 2004 à mars 2005, entre Montpellier, Agadir et Marrakech avec quatorze jeunes artistes dans chaque pays. Pas de compétition, au contraire, une émulation créatrice prend forme. Les groupes se rejoignent par affinités artistiques et communiquent sans arrêt. Les mélodies composées en France voyagent ; et en écho, les voix enregistrées font la traversée dans l'autre sens. Le flow fait des allers-retours, il s'enrichit à chaque étape. Malgré la distance, les morceaux voient le jour. Imothep en assure même l'intro sur des scratches de Get Down et la boucle est bouclée.
Le résultat de cette première rencontre rap franco-marocaine, c'est un EP qui porte bien son nom. Un album - concept qui donne ses lettres de noblesse au rap montpelliérain et marocain. Huit titres d'une grande densité où les deux cultures fusionnent pour prononcer d'une seule voix un hymne fraternel
Track liste:
“Hip-Hop Connexion” : Place aux joutes verbales entre les Recidivist de Montpellier, Mafia-C et Masta-Flow, tous deux de Casablanca. Du rap en “béton armé”, le plus hardcore de l'album. Les voix charrient des cailloux, le flow dévore tout sur son passage avec la force brute du hip-hop. Fluide et imparable, la connexion est établie.
“Mene Sesh Ma Cultura”* : Littéralement “Je n'oublie pas ma culture”. Boss Phobie convoque les voisins algériens d'Intik pour un hymne à la culture et à la tolérance. Une rencontre et c'est le déclic avant l'heure : “Avançons ensemble en affirmant nos différences”, le programme commun était déjà écrit.
“L. Mektoub” : Changement d'ambiance et de couleur avec ce titre plus R&B. Loubna, chanteuse originaire de Salé au Maroc, souffle un refrain, répond aux questionnements de Mehdi, comme le ferait une âme s½ur. Ce qui s'écrit entre les lignes du destin, voilà le thème de ce morceau. Face au doute, c'est un retour à l'essentiel, à l'existence.
“Raid Sud” : Une invasion verbale lancée par le groupe d'intervention hip-hop. X-Libris du groupe 4ème Degré et Aminoffice déroulent un flow sans bavures. Sur un rythme qui tabasse, composé par U-Know avec des scratches de DJ Some One, le duo enchaîne : lyrics arabes et français se répondent pour mettre le son. Ici, la violence n'est qu'un mot pour soigner le mal.
“La voie de l'artiste” : Des chants gnawa introduisent ce morceau. Une ouverture tribale interprétée par les Montpelliérains de Providence qui dialoguent ensuite avec les quatre rappeurs de Marrakech du groupe Fnaïre. Ce rap traditionnel traite de la difficulté d'être artiste au Maroc comme en France. L'échange prime sur la reconnaissance, c'est une leçon de présence hip-hop.
“Smaa Sout” : Hommage à la musique et à la joie que procure le son et ses vibrations. La raison de vivre pour Usef de Salé, K-Libre de Meknès et les trois Montpelliérains Yoko, Mehdi et Ahmad. Avec ses samples redoutables, “Smaa Sout” est la solution hardcore pour un projet catapulté dans un monde de son.
“Jabal Tarik” : Morceau collectif où tous les participants du projet donnent de la voix. Un sample lancinant, oriental, rythmé par des beats épurés et clairs qui résument l'esprit du projet. L'histoire d'un débarquement verbal où les seules armes sont les mots. Loin des ”bling-bling” et des clichés du rap, ce titre tisse un lien organique entre les deux pays. La proximité des voix et des esprits est évidente, c'est “juste la mer qui nous sépare”...
*Titre offert par BOSS PHOBIE, ce titre n'a pas été enregistré dans le cadre du projet "au-delà de J'bralt'Art" .